SCULPTURES & ECRITURES BUISSONNIERES

La pureté est le pouvoir de contempler la souillure (S Weil) 

L'Immaculée Conception 
Chapitre 11 Marie

chapitre 11


Quel temps de chien ! Marie rentre de Thonon, la chaleur de la Kangoo n’a pas réussi à la réconforter. Elle a l’impression que l’humidité la transperce jusqu’aux os. Elle arrive sur la départementale, à la sortie de Burdignin : c’est là qu’elle tourne sur la gauche pour remonter la route de l’Espérance : trois kilomètres de prés et de bois jusqu’à chez elle. Une vieille bâtisse en pierres et en bois, qu’ils aménagent depuis cinq ans, Joseph et elle. C’est sûr que cela change de Ville la Grand. Plus de voisins directs, la prochaine maison est encore trois kilomètres plus haut, là où la route s’arrête pour devenir un chemin forestier, qui rejoint le Col de Cou. Un peu isolés, surtout l’hiver, quand il neige : ils ne sont pas prioritaires pour le chasse-neige. Enfin, ils ont été bloqués trois ou quatre jours chaque hiver depuis leur arrivée : il a fallu laisser les voitures en bas de l’Espérance et grimper à pied jusqu’à la maison. Ce serait pire, s’ils habitaient en haut, aux Granges Mamet. Et dire qu’on ne sait même pas qui habite là-haut. Apparemment, c’est une jeune femme. Enfin, ils l’ont aperçue régulièrement l’été, à pied, à remonter la route jusque là-haut, entourée de garçons et de filles du même âge. Toujours un petit bonjour discret, presque distant. En dehors de ces passages en été, le seul signe de la présence de quelqu’un en haut, c’est le passage d’une voiture, de temps en temps, le week-end. Toujours des voitures qui viennent d’ailleurs, souvent des parisiennes ou des départements d’Ile-de-France.

Marie est arrivée devant le portail des Tremblettes : Joseph n’est pas encore rentré ce soir, il ne devrait plus tarder. Elle descend dans l’humidité froide : il a cessé de pleuvoir. Les Tremblettes, tu parles, ce n’est pas à cause des trembles du bord de la rivière que la maison s’appelle comme ça, non, c’est parce qu’on y tremble de froid ! Elle rentre la voiture dans l’allée de la grange. Il faudra qu’elle passe par derrière pour descendre les courses et le sapin, sinon elle risque de salir les tapis avec la boue des chaussures. Ce soir, ils ont prévu, Joseph et elle, d’installer le sapin pour le Réveillon, dans deux jours. C’est la première fois qu’ils organisent un Réveillon de Noël chez eux : jusqu’à présent, ils avaient toujours été invités à droite ou à gauche. Une fois, ils étaient partis à Djerba dans un village vacances. Cela avait été bizarre comme réveillon : dans un pays arabe, avec des gens qu’ils ne connaissaient pas plus que cela. L’expérience n’avait pas été plus concluante que les réveillons classiques chez des amis ou dans la famille, mais au moins, il n’y avait pas d’enfants. Un enfant, ça devient mon idée fixe, comme se plaint Joseph, tout penaud, tout triste. Bon allez, pas d’attendrissement, il n’y a pas de tout cela, Lisette, il faut que tu ranges les courses. Allez, les Minous, vous pouvez entrer au chaud, vous avez encore chassé la souris dans les greniers, hein ? Arrête, Follette, tu me feras des mamours tout à l’heure. Allez, va te coucher, sois une gentille chienne, ou tu vas avoir du torchon, je te préviens.