SCULPTURES & ECRITURES BUISSONNIERES

La pureté est le pouvoir de contempler la souillure (S Weil) 

L'Immaculée Conception 
Chapitre 2 Elisabeth

Chapitre 2


Elisabeth


Le réveil sonne. Elisabeth ouvre les yeux. La lumière est d’un beige rosé, c’est le jour qui se lève à travers les doubles rideaux fermés. Il doit faire froid dehors : la chambre est toute fraîche. Encore un petit quart d’heure sous la couette avant de se lever. Nico n’a pas cours à l’Uni avant onze heures le mardi, il ne se lèvera pas très tôt. Nico, son fils. Elle se souvient alors de son rêve de cette nuit. Quel beau rêve ! Elle ferme les yeux pour en revoir des bribes encore présentes dans sa conscience. J’étais sur une plage, près de la mer. Ca sentait la mer et le sable. Ils étaient là à trois : mon père, Nico bébé et Lorenzo. C’était bizarre, c’était comme si j’étais bercée dans les bras de mon père, que Nico me tétait les seins et que Lorenzo me pénétrait doucement au même rythme que les lèvres du bébé et les bercements. Et puis, tout chavirait, dans une harmonie volatile, faite des trois musiques qui se mélangeaient comme trois partitions d’une même musique, d’une même mélodie, chacune pour l’un de mes hommes, une musique serbe pour mon père, une chanson italienne pour Renzo, du rap pour Nico. Oh oui, c’était bien. Ouah, j’en ai presque mal aux seins à me souvenir. Allez, Elisabeth, debout. Il faut que tu sois à la clinique à 9h00. Et à cette heure-là, la circulation est imprévisible à Genève, surtout avant de passer le pont. Oh mon Dieu, j’allais oublier, c’est la Saint Nicolas aujourd’hui. Bon d’accord, alors ce soir, il faut que je prenne des éclairs au chocolat, il adore ça. Je ferai le paquet cadeau pour son pull ce soir en rentrant. Encore deux semaines avant Noël. Il faut que je lui trouve ses cadeaux. Un chèque, c’est bien, mais moi, ça ne me suffit pas. J’ai envie de lui donner des petits cadeaux. Et puis, il aime cela. Il retrouve ses yeux d’enfants quand il ouvre ses paquets. Il faudra qu’on voie ensemble quand on se donnera les cadeaux. Sans doute avant Noël, puisque on ne sera pas ensemble. Oui, moi, je préfère avant, plutôt qu’après. C’est la première fois qu’on ne fêtera pas Noël ensemble, depuis vingt ans. Oh, mon petit Nico, mon grand homme qui s’envole. Il faudra aussi que je pense aux cadeaux pour Marie et Joseph. C’est gentil de leur part, de m’inviter, pour mon premier Noël sans Nico. Peut-être que, oui mais elle m’inquiète, la Marie. C’est de pire en pire, son manque d’enfant. Ils s’étiolent tous les deux. Tu diras, à bientôt quarante ans, ce serait un peu tard pour elle de mettre un enfant en route. Je les appellerai ce soir aussi. Il faut que je lui demande qui sera au réveillon. Allez, allez, on se dépêche. Sinon je vais être en retard. Et les patients ne sont pas toujours patients, ni cette bécasse de surveillante ! Allez Elisabeth, debout, nom de nom !