SCULPTURES & ECRITURES BUISSONNIERES

La pureté est le pouvoir de contempler la souillure (S Weil) 

L'Immaculée Conception 
Chapitre 6 Isabelle

Chapitre 6


Isabelle 




Isabelle appelle Charlie, son vieux fox. C’est l’heure de sa promenade. Elle va lui faire faire le tour du parc de la Roseraie. Il est vingt heures. Muriel n’est pas encore rentrée, si elle rentre ! Elle peut appeler à n’importe quelle heure, comme elle peut aussi ne pas appeler. Ce n’est pas possible de vivre comme cela. Par moment, j’ai l’impression que je ne suis qu’une conne, à me laisser rouler. C’est comme si j’avais une locataire à titre gracieux et par intermittence. Allez, ne fais pas ta vieille bourge radine et mesquine. Après tout, c’est toi qui lui as proposé, cet arrangement, à Muriel. Tu savais à quoi tu pouvais t’attendre. Oui, mais je croyais que ça aurait changé quelque chose pour elle, que nous vivions ensemble. Sans doute d’ailleurs, qu’elle fait des efforts par rapport à moi. Bon, arrête de renifler les crottes des autres chiens, toi. Allez, avance. Mais qu’est ce que tu pensais, ma vieille ! Et arrête de faire ta jalouse ! C’est le meilleur moyen de la dégoûter. Oui, mais attends, cette semaine, elle n’est pas rentrée lundi soir ; mardi, elle est rentrée, oui, à dix heures du soir et mercredi à neuf heures. « Allo, ma Zabou, j’ai rencontré Luce et Lodie. Tu sais, Lodie, mon ancienne copine, de la rue Kellerman. Elle vit maintenant avec Luce. Elles ont un projet de galerie de peinture dans le nouveau quartier piéton, du côté de la gare. Ca faisait un bail qu’on ne s’était pas vues. On a pris l’apéro, on va se manger une pizza. Je ne sais pas si je rentrerai ce soir. Si on carbure trop, il vaudra peut-être mieux que je dorme là. Enfin, on verra. Bisous, ma puce. A demain. » Non, mais pour qui elle se prend, pour quoi elle me prend ! Pourtant on a des bons moments ensemble, et pas seulement au lit. Bon, alors, Charlie, tu te grouilles, il commence à pleuvoir. Allez, ouste, on rentre.

Isabelle sort de l’ascenseur, elle déverrouille la porte de son appartement. Elle entend le téléphone. Elle se dépêche pour décrocher. C’est Muriel. Elle arrive, elle est accompagnée de Lodie. « Luce est partie sur Bruxelles pour trois jours. Alors, je lui ai dit de venir manger et passer la soirée avec nous. On trouvera bien quelque chose dans le congélo, hein ? Bon, on sera là, d’ici une heure, ma poule. Bisous. ».

Isabelle détache la laisse du collier de Charlie.  Elle est folle de rage et de jalousie. Non, mais elle me prend pour une logeuse, une nourrice ! Calme-toi. Allez de toute façon, tu n’as rien dit au téléphone, et qui ne dit mot consent. Va voir dans le congélateur. Tiens, de la viande hachée. Oui, allez, spaghettis bolognaise, de la chair morte, décongelée, accommodée. J’ai encore de l’ail et des oignons, de la sauce tomate, allez, ça va. Ah, ça, je vais en mettre de l’ail. On puera de la gueule. Arrête de déconner, ma pauvre fille.